mercredi 4 juin 2014

Le secteur informel bientôt pris en compte dans le calcul de la richesse (PIB) ?

Dans un article du Monde intitulé : "Les revenus de la drogue et de la prostitution bientôt intégrés dans le calcul de la richesse nationale ?", le journaliste Patrick Roger explique que Bruxelle souhaite imposer un nouveau mode de calcul du PIB qui intégrerait les activités criminelles notamment.
Extrait :
" Pour doper la croissance en panne dans les pays européens, il suffirait de recourir à l'argent de la prostitution et de la drogue. C'est ce que pourrait laisser à penser le système européen des comptes nationaux (SEC 2010) publié par Eurostat, la direction de la Commission européenne chargée de l'information statistique à l'échelle communautaire.
Le nouveau standard européen entrera en vigueur à partir de septembre 2014. Cet épais et indigeste document détaille les éléments à prendre en compte dans les statistiques de comptabilité nationale en vue de les harmoniser et de les rendre comparables.
Et c'est là que le bât blesse. Un certain nombre de pays, comme l'Autriche, l'Estonie, la Finlande, la Norvège, la Slovénie ou la Suède, intègrent déjà les revenus de la prostitution et/ou de la drogue, dans l'activité économique. Viennent de s'y rajouter plusieurs pays de l'Union européenne comme l'Italie, la Grande-Bretagne et l'Espagne.
Pour autant, est-ce que les " passes " et les " fix " vont faire grimper au plafond les chiffres de la croissance ? Certes, ces changements, s'ils sont pris en compte dans la comptabilité nationale, ont pour effet d'élargir la base de calcul du PIB. Cela ne modifie pas les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles reposent les trajectoires de finances publiques des pays membres puisque cela ne crée pas d'activité mais consiste simplement à comptabiliser de manière officielle une activité qui ne l'était pas.
Toutefois, dès lors que ces ingrédients sont intégrés dans la comptabilité nationale, cela n'est pas sans incidence sur la contribution de chaque pays aux données européennes puisque celle-ci est calculée en partie en proportion de son PIB. D'où le dilemme des organismes statistiques. L'Insee, pour sa part, a fait sa propre exégèse des instructions européennes : " Les activités économiques illégales ne sont considérées comme opérations qu'à partir du moment où toutes les unités concernées y participent d'un commun accord. " L'institut de statistiques exclut donc les activités dans lesquelles le consentement des parties n'est pas évident.
Mais ce qui est illégal dans un pays peut être légal dans un autre et les activités jusque-là tenues pour souterraines peuvent, à la faveur de ce système européen, s'il venait à se généraliser, acquérir valeur de secteur économique à part entière.

Produits dérivés
L'Office for National Statistics (ONS) britannique a donc décidé de se jeter à l'eau. Il évalue à 5,3 milliards de livres (6,5 milliards d'euros) la contribution de la prostitution à l'économie du pays et à 4,4 milliards de livres (5,4 milliards d'euros) celle du commerce de la drogue. Se pose cependant une question : comment quantifier une activité qui, par nature, ne tient pas de livres de comptes ?
Les statisticiens anglais ont établi une méthode de calcul qui aboutit à un résultat de 60 879 prostitué(e)s sur le territoire national, qui proposeraient leurs services à 25 clients par semaine, " facturés " au tarif moyen de 82 euros (66,6 livres). Ces honorables économistes n'oublient pas de prendre en compte dans cette comptabilité nationale les produits dérivés tels que " vêtements de travail ", ustensiles, préservatifs, dépenses de location, etc.
En Italie, l'Istat, équivalent de l'Insee, qui intégrait déjà dans ses statistiques les revenus du travail non déclaré, ajoute au trafic de drogue et à la prostitution le produit de la contrebande d'alcool et de tabac. Selon la Banque d'Italie, l'économie souterraine représente plus de 10 % du PIB. Ce nouveau système de comptabilité pourrait ainsi porter le taux de croissance de 1,3 % à 2,4 %. Idem en Espagne.
La France va-t-elle se ranger à ce nouveau système de comptabilité ? Pour l'heure, elle s'y refuse, chaque pays membre restant libre de calculer son PIB comme il l'entend. Elle va cependant devoir procéder à une " double comptabilité " pour se mettre en conformité avec les normes comptables européennes. Sans oublier que le SEC 2010, du point de vue français, n'a pas que des inconvénients : désormais, la fabrication d'armement, dès lors que les armes ne sont pas utilisées sur le continent européen, va en effet pouvoir être comptabilisée.

Patrick Roger

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